Edito 2014


Une année 2013 qui ne restera pas dans les mémoires

Depuis plus de 20 ans, une « bonne » année succédait immanquablement à une année médiocre. Ainsi allaient les petits fruits dans la montagne vosgienne.

Est-ce dû au dérèglement climatique, mais malheureusement les récoltes 2012 et 2013 furent mauvaises. Le printemps pourri de 2013 eut pour conséquence une mauvaise nouaison et une taille de fruits deux fois plus petite qu'à l'accoutumé.


Après les mulots,  les oiseaux, les chevreuils, voici les sangliers...

La coupe fût bue jusqu'à la lie quand les sangliers se décidèrent à goutter les bluets et à les apprécier. Des centaines de branches furent cassées et les dernières semaines de récolte compromises.

J'ai investi depuis dans un appareil allemand dont quelques paysans du massif ont vérifié depuis deux ou trois ans l'efficacité. Comme souvent pour la technologie allemande, c'est simple et rustique. Les sangliers sont très sensibles à la voix humaine. Il s'agit ni plus ni moins d'une petite radio couplée à un détecteur de luminosité qui s'allume à la nuit tombante par période aléatoire. Le tout est installé dans un nichoir fixé à trois mètres du sol.

…. Et bien chez moi, cela n'a pas fonctionné, plus du tiers de mon champ de pommes de terre, situé à quelques encablures, ayant été retourné  tout début juin. …. Mais, mais il y aurait une explication. La station retenue par l’installateur est une radio locale qui a une tendance, fâcheuse pour l'occasion, à diffuser pas mal de musique d'accordéon la nuit venue. Nous allons donc changer de station et vous tiendrons informé.


Faire avec le dérèglement climatique

En 2013, la récolte avaient débuté avec plus de trois semaines de retard. Cette année, elle devrait débuter avec plus d'un mois d'avance sur l'année passée, Le yo-yo climatique peut inquiéter.


Des mûroises qui apprécient

La quasi absence d'hiver a eu au moins deux effets bénéfiques : d'une part, on a pu travailler dehors et être à jour pour les travaux des champs et d'autre part la douceur de l'hiver est à l'origine d'une fructification exceptionnelle des mûroises que l'on avait plus connu depuis plus de dix ans. Toujours est-il que la mûroise confirme qu'elle est avant tout un fruit de climat océanique. Sa floraison tardive ne craint pas les gelées tardives, par contre la plante souffre des hivers rigoureux. Les conséquences portent autant sur la fructification que sur la vigueur des jeunes pousses.


D'autres fruits beaucoup moins

Gelées tardives : elles sont fréquentes dans le massif vosgien. Deux périodes sont redoutées : les saints de glace  courant mai et le tout début juin. Le débourrement extrêmement précoce lors de ce printemps, la floraison des bluets ayant plus de trois semaines d'avance sur sur année normale, faisait craindre le pire. Les bluets sont par nature les petits fruits les plus résistants au froid ; jusqu'à -7°C les dégâts restent faibles. Par contre, il n'en est pas de même des casseilles, cassis,  groseilles maquereau et autres variétés précoces de groseilles. Deux nuits à des températures de -3 voir -5°C début mai ont eu raison d'une récolte prometteuse. Fort heureusement, plus des deux tiers de ma production de groseilles provient d'une vieille variété russe, particulièrement parfumée, mais difficile à cueillir – donc anti commerciale-. Cette vieille variété est extrêmement tardive. A la voir au printemps, on pourrait croire qu'elle devine le climat. C'était frappant cette année. Alors que les autres variétés étaient en fleurs, ses bourgeons avaient à peine débourré, attendant les dernières gelées avant de fleurir.


Le cas spécifique des pommiers

Le cas des pommiers est assez symptomatique de la capacité d'une plante à résister aux gelées. Fait rarissime, alors que les pommiers ont l'habitude en montagne d'alterner, pas une pomme ou presque en 2012 et 2013. Les pommiers ont donc, pour une bonne moitié d'entre eux, accumuler suffisamment de réserves et de force pour résister aux dernières et fortes gelées.


Les premiers bluets dès début juillet

Depuis, trois à quatre ans, j'ai repiqué pas loin de 900 plants de mes trois meilleures variétés de bluets. Il faudra encore en remplacer plus de 600 les prochaines années. Je ne dirai jamais assez le rôle prépondérant du choix variétal, essentiel pour un terroir comme le mien qui a tendance au dessèchement l'été. Il était grand temps car une de mes trois parcelles donnent des signes inquiétants de fatigue. La récolte s'annonce bonne, mais les rejets sur cette partie sont rares et le développement du feuillage peut satisfaisant. C'est donc déjà la récolte de l'année prochaine qui est hypothéqué. Heureusement les jeunes plants devraient prendre le relais.

J'ai multiplié les essais en pulvérisant des extraits d'algues, du calcium, soufre,... , sans véritable effet.

Par contre, il faut noter l'effet très bénéfique sur les jeunes plants de l'apport d'un seau de bois broyé au niveau du colet. Il permet une conservation étonnante de l'humidité et évite bien entendu les chocs thermiques.


En espérant que les cochenilles ne jouent pas les trouble-fêtes

Dernier point d'interrogation : les cochenilles. Depuis quelques années les cochenilles ont envahi les plantation du massif vosgien. Jusqu'à présent, un traitement à base d'huile de colza au printemps et même pas tous les ans suffisait à limiter les dégâts. Des bataillons de pince-oreilles et autres coccinelles constituaient d'excellents auxiliaires. Malheureusement, la rigueur de l'hiver 2012/13 semble avoir davantage nui au développement des forficules qu'à celui des cochenilles. Leur population a explosé malgré le traitement de printemps et il me faut pulvériser du savon noir pour tenter de limiter leur prolifération.


Profitez du beau et du bon

Pierre Rabbhi a l'immense mérite de nous aider à prendre un peu de recul dans un monde de plus en plus matérialiste. En montagne, nous, paysans, passons beaucoup de temps à nous protéger des prédateurs de toute sorte. Mais nous passons aussi bien des journées à planter et à entretenir un territoire, c'est entre autres le cas des vergers de fruitiers haute-tiges, qui nous rapportent peu, mais qui contribuent à l'accueil de la faune auxiliaire, à la diversité biologique et paysagère.

Mais on le fait aussi, car c'est simplement beau et qu'ici, contrairement à ce pensent certains extrémistes environnementalistes, ce qui est beau est souvent façonner par la main de l'homme.



Retour

Archives des éditos

Retour

Retour

Haut de page